Lundi, février 5, 2007
Ginn Fourie et Letlapa Mphahlele s'exprimant lors des conférences de Caux 2004

Le témoignage d'une femme sud-africaine, ayant perdu sa fille unique dans une attaque terroriste, et du rebelle commanditaire de cette attaque.

Qui oubliera le double témoignage de Ginn Fourie, sud-africaine blanche, et de Letlapa Mphahlele, ancien combattant noir contre l'apartheid ?

En 2002, Ginn Fourie entend Mphahlele parler à la radio à l'occasion de la sortie de ses mémoires. Elle décide immédiatement de le contacter, car l'auteur se trouve être aussi le commanditaire d'un assaut sur un restaurant au cours duquel fut tuée sa fille unique en 1993.

« Le fait que Ginn ait voulu me rencontrer m'a profondément touché, raconte Mphahlele. Sans que je le lui demande, elle m'a accordé son pardon. C'est le plus grand cadeau qu'un être humain puisse recevoir d'un autre. Ma dignité s'en est trouvée restaurée. »

« Ce fut difficile, avoue Ginn, car une partie de moi-même était révoltée.»

Pour poursuivre ce « grand voyage » entamé l'un vers l'autre, Mphahlele invite Ginn à une cérémonie organisée en l'honneur de son retour au village après dix-huit ans d'exil. Seuls huit blancs se perdent dans une foule de mille cinq cents participants noirs. Prenant la parole, elle bouleverse les cœurs en racontant que ses ancêtres l'ont chargée de demander pardon pour
trois cent cinquante années d'exploitation, d'esclavage et d'apartheid.

Ce cheminement partagé trouve depuis une réalisation concrète dans la fondation « Lyndi Fourie » (la jeune victime), qui se soucie d'aider les paysans ainsi que de réhabiliter et former d'anciens combattants noirs. Plus symboliquement, un arbre a été planté dans le village de Mphahlele, un arbre « symbole de vie, de guérison et de nouvelle naissance ».