Mardi, avril 3, 2007

Irène Laure, ancienne députée, choisit dès 1947 la voie de la réconciliation franco-allemande.

Cette mère de famille, infirmière et militante socialiste, a connu les souffrances des deux guerres mondiales. Révoltée par l’occupation étrangère, elle s’engage dans la Résistance et laisse la haine de l’adversaire submerger son idéal internationaliste.

En 1947, répondant à la sollicitation des responsables d’Initiatives et Changement (qui s’appelait alors « Réarmement Moral »), elle se rend à Caux, dans le centre de rencontres de ce mouvement en Suisse. Elle aspire à contribuer à la reconstruction de l’Europe, elle est prête à tout…sauf à ce qui lui est proposé là : rencontrer des Allemands. Son cœur devient le théâtre d’une terrible lutte intérieure. Ne trahit-elle pas son combat de résistante ?

Elle va pourtant décider de demander pardon aux Allemands présents à Caux, pour la haine qu'elle a ressentie à leur égard.

Irène Laure se rend en Allemagne pour prolonger le geste du cœur. Aux femmes de l’ancienne capitale du Reich, elle dit simplement : « J’ai souhaité la destruction de l’Allemagne et sa disparition de la carte du monde. De ma haine, je vous demande pardon. » Pendant trois mois, elle repète près de deux cents fois ses excuses devant les parlements provinciaux, les dirigeants des partis politiques, à de grands meetings ouvriers. Invitée à Berlin avec son mari, Victor, ils disent simplement que sans oublier les souffrances du passé, ils sentent que la haine nourrie par eux contre l'Allemagne a contribué à la division de l'Europe et qu'ils veulent en demander pardon.

Dans les années qui suivent, plusieurs centaines de personnalités politiques allemandes rencontrent leurs homologues français à Caux, en Suisse, ce qui permet d'amorcer la réconciliation. Le chancellier allemand Konrad Adenauer et Robert Schuman, alors ministre, ont dit qu'Irène Laure avait plus fait que n'importe qui pour faciliter la réconciliation entre leurs deux pays, après de nombreuses années de haine.