Samedi, mars 10, 2007
outside view of the show book 2007 in France in Paris
Impressions de deux lecteurs

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Son roman autobiographique, l'Algérien Mohamed Sahnoun aurait pu l'intituler "Mémoire cicatrisée". C'était en tous cas l'avis d'un journaliste lors du lancement de ce petit livre, que le lecteur ne lâche plus une fois commencé. Arrêté en pleine bataille d'Alger en 1957, Mohamed Sahnoun est torturé pendant plusieurs semaines dans les sous-sols de la tristement célèbre Villa Suzini, par des officiers et des parachutistes dont il a la pudeur et la générosité de ne jamais dire qu'ils étaient français. Incarcéré pendant près de deux ans, puis sauvé et mis en sécurité par des amis et des militants eux aussi français, il nous livre un bijou de grandeur d'âme, de tolérance, de vision pour une société juste et respectueuse de chaque être humain. Pourtant, aujourd'hui encore, ce diplomate aux états de service impressionnants (plusieurs fois ambassadeur de son pays, chargé de hautes fonctions à la Ligue Arabe, à l'OUA et aux Nations Unies) porte sans sa chair les marques de ce qu'il a subi il y a cinquante ans. Œcuménique au sens le plus large du terme, Sahnoun, définit ainsi ce en quoi il croit : "Il faut dans la vie un ancrage (...) qui n'est pas nécessairement une idéologie ou une croyance. Peut-être, simplement, une sorte de large référence éthique, qui se nourrit de souvenirs, de rencontres, de lectures et d'actions au cours desquelles se sont tissées des relations d'amitié profonde." Ces rencontres, ces actions, ces amitiés, ont rempli sa vie et forgé sa personnalité. Il les partage dans ce "Mémoire Blessée", point de départ d'une "Mémoire guérie".

 

  • Salem le personnage de fiction est sauvé, recueilli et protégé par d’autres français – le livre pourrait donc porter le titre "Mémoire guérie". Salem, et Sahnoun, font tous les deux parties de "cette grande famille qui partage les même valeurs éthiques", aux côtés d’autres personnes de toutes nationalités et de toutes croyances. Pour un autre des protagonistes, une femme française qui lui vient en aide, "Nous devons constamment accepter de souffrir avant de ressentir la joie. L’accouchement est peut être le meilleur exemple de ce que j’essaie de dire. La vie n’est elle pas un éternel accouchement, dont nous ne sommes pas toujours conscients ?" Anna, cette française, s’accroche à une foi incroyable, irrationnelle et mystique ancrée dans ce nous appelons l’amour. Sahnoun cite avec approbation un groupe de prêtres français qui proclament : "Aucune race n’est supérieure, aucune race n’est inférieure. Nous sommes tous simplement humains, pêcheurs et aimés par Dieu comme ses enfants". Le livre oscile entre rêve et cauchemar, éveil et sommeil, douleur et naissance. Le rêve d’un "nouveau monde fait de dialogue, tolérance et coopération jusque dans une cellule de prison". Nous sommes tous trop souvent, conclut l’auteur, les otages des systèmes de pensée dans lesquels nous avons grandi, systèmes qui deviennent des dogmes sacro-saints et au nom desquels on torture. "Mais d’autres voies, à l’avantage de tous, sont tout à fait possibles".

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