Jeudi, mars 1, 2007

Le président d’Initiatives et changement International est intervenu mardi 27 février dans le cadre d'une conférence de presse à l’occasion de la sortie de son livre "Mémoire blessée".

Mohamed Sahnoun talking during a press conference in Paris on 27th February 2007<br />

Mardi 27 février, le Centre d’Accueil de la Presse Etrangère (CAPE) de Paris accueillait le diplomate algérien Mohamed Sahnoun pour une conférence de presse.

Il était accompagné de Michel Kipoké (chargé de projet "Réconciliation dans les Grands Lacs Africains") et Jean Fayet (Président d’I&C France). M. Sahnoun a profité de la sortie de son livre pour parler de sa prise de présidence d’I&C International. La majorité des journalistes présents représentaient des médias algériens et africains.

Dans son livre "Mémoire blessée - Algérie 1957", autobiographie romancée, M. Sahnoun s’interroge sur la souffrance et sur la torture ; mais surtout il souligne "l’importance considérable des gestes de solidarité dans un contexte de guerre", gestes qu’on ne met pas suffisamment en avant selon lui. Les multiples "initiatives de solidarité" qu’il décrit sont "des ponts entre les personnes et leur souffrance, des ponts vers la paix".

M. Sahnoun a souligné qu’après les épisodes douloureux qu’il a vécus en Algérie, il voyait "le problème en tant que victime ; aujourd’hui, je le vois en tant que médiateur qui va essayer la réconciliation, tout en comprenant ceux qui ont soufferts". Ceci a fait dire à l’un des auditeurs que le titre du livre aurait dû être "Mémoire cicatrisée", un exemple réussi de ce que cherche à initier dans le monde I&C.

Au-delà de son récit sur la guerre d’Algérie, Mohamed Sahnoun interpelle le lecteur sur ce qui se passe dans les zones de conflit et rappelle l’importance de la "responsabilité de protéger" qui incombe aux dirigeants et à chacun d’entre nous. Il a souligné que "la paix ne s’obtient pas uniquement à coup de traités : il faut enraciner un accord, enraciner la réconciliation. Pour que la paix fonctionne, il faut un changement en profondeur, en soi et en l’autre. C’est là que des organisations comme I&C peuvent intervenir et permettre une gestion en profondeur des problèmes".

Il a ensuite passé la parole à Jean Fayet qui a présenté l’action menée par I&C en France et dans le monde. Il est revenu sur la spécificité de la démarche de l’association, qui ne cherche pas à se substituer aux actions menées par les diplomates professionnels : il a souligné que "la paix ne peut aboutir sans changement des individus". Il est revenu sur la méthode de l’association qui "cherche à réunir des personnes traditionnellement opposées et à les accompagner pour faire évoluer les mentalités et les comportements". Il a rappelé les principes fondamentaux de l’association et la nécessité de construire "la paix de l’homme avant celle de la société".

Michel Kipoké a poursuivi le débat avec l'exemple concret des actions menées par I&C dans la région des Grands Lacs Africains et en particulier son implication dans le processus de paix au Burundi et en RDC. Il a expliqué "la difficulté à intégrer la vision des différents protagonistes dans la recherche d’une solution" car "chacun est crispé dans sa légitimité. Chacun pense que l’autre est la cause de tout". Le travail de réconciliation doit donc être réalisé "au sein des pays et entre les pays" concernés (ici Rwanda, Burundi et Congo). Il a rappelé que "cinq ans après la signature d’accords de paix, la moitié d’entre eux échoue. Pour consolider la paix, il faut une réconciliation qui se passe dans les cœurs. Il ne faut pas occulter ce qui a conduit à la guerre". Il a terminé en disant l’importance d’inclure toutes les parties dans les discussions, y compris celles qui sont considérées comme étant source de blocage, car "dans chaque groupe, dans chaque communauté, il y a un potentiel de changement".

M. Mohamed Sahnoun a conclu en disant que "les écueils sont toujours là mais il ne faut pas abandonner la lutte pour la réconciliation". Il a lancé un appel vibrant à la responsabilité de la communauté internationale et à la solidarité humaine. A cette occasion, il a dit son souhait de faire de Caux, centre de rencontres internationales d’I&C en Suisse, un "Davos de la paix", qui permette de faire prendre conscience au monde politique de sa responsabilité pour trouver une solution durable aux conflits dans le monde.

Maud Glorieux et Laurence Le Moing