Les périodes électorales sont fertiles en fausses accusations et en manipulations de l’opinion. Celles-ci s’appuient désormais sur des technologies avancées exploitant les moindres failles de l’esprit humain : effet de répétition, biais de confirmation, amalgames, émotions — et l’écosystème médiatique actuel amplifie ces effets, parfois de manière invisible et personnalisée, grâce aux réseaux sociaux et au traitement des données de masse.
De manière intéressante, le Pays de Galles a annoncé récemment son intention de criminaliser le mensonge en politique et une pétition – encore relativement confidentielle - a été lancée en France sur le site de l’Assemble nationale pour que soient créés un délit de mensonge en politique, une autorité publique de contrôle et une palette de sanctions adaptées allant jusqu’à l’inégibilité.
Toutefois, il semble que les législations interdisant le mensonge qui existent déjà dans certains pays comme le Royaume-Uni soient impuissantes à désamorcer certaines manipulations. Le Royaume-Uni a d’ailleurs été le théâtre du scandale Cambridge Analytica et du chef d’œuvre de manipulation que fut le référendum sur le Brexit.
En France, une rumeur selon laquelle « les immigrés touchent plus que les retraités » a circulé massivement l’an dernier. Cette pure désinformation a été reprise par des élus et des médias, illustrant l’efficacité des stratégies de manipulation, et leur impunité, même quand elles sont rapidement contredites par les chiffres officiels et le « fact-checking ».
C’est pourquoi de nombreux chercheurs estiment aujourd’hui que la lutte contre la désinformation ne peut pas reposer uniquement sur des lois : elle dépend aussi de l’éducation aux médias, de la transparence des plateformes et de la responsabilité des acteurs politiques.
En France, à l’approche de plusieurs échéances électorales, le débat politique est loin d’être sain : accusations de violence portées soit contre l’extrême droite, soit contre l’extrême gauche, accusations d’antisémitisme et de complicité avec le terrorisme contre les uns, accusations de collusion avec la finance internationale ou avec des intérêts étrangers contre les autres, et, de toutes parts, multiples contestations du pouvoir judiciaire. Le mensonge et la manipulation sont des armes qui semblent bien souvent mobilisées au secours de tel ou tel politicien mis en difficulté par des révélations sur son comportement passé, cela quelle que soit son appartenance politique.
Face à cette situation, rien ne peut remplacer l’exigence et l’implication citoyenne de chacun, non seulement dans la recherche d’informations fiables et dans la participation au débat public, mais encore dans la demande de respect des institutions et des personnes, et, au final, dans la sanction électorale des fauteurs de trouble. « Tel je suis, tel est mon pays » est une formule souvent citée au sein d’Initiatives et Changement. Pour promouvoir l’intégrité dans le débat public, chacun peut faire dès maintenant le premier pas.
Antoine Jaulmes
Président
Initiatives et Changement France