Chère Marina,
Ce 6 janvier au matin le soleil brillait sur la neige, nous redonnant confiance dans la vie, nous invitant à poursuivre notre tâche.
Mais la veille, sous un ciel gris, nous étions encore sous le choc. Choc de l’annonce de ton décès que nous venions d’apprendre.
La neige s’était mise à tomber dru en Ile de France. Le paysage se recouvrait d’un grand linceul dans le silence du soir.
La nouvelle était brutale. Tellement imprévisible : tu apparaissais encore dans la force de l’âge et au summum de l’expérience.
Arrêt cardiaque. Décès à l'hôpital central de Zagreb.
Un départ sans au revoir. Comme un enlèvement.
Enlèvement d’une collègue centrale dans la vie de notre association. Ta voix à l’accent et aux intonations si particulières résonnait encore à nos oreilles depuis notre dernier conseil d'administration. Ton exigence était souvent élevée : ne comprendrions-nous donc jamais la gravité des situations dans ce monde où nous vivons ? Originaire d’un pays marqué encore récemment par les tragédies de l’Histoire, tu nous trouvais inconscients des menaces qui planent sur nous, trop installés dans notre confort d’occidentaux protégés. C’était peut-être le sens de ta présence parmi nous : nous rappeler ces dures réalités que toi, d’une nation balkanique, tu avais vécues dès ta jeunesse, et à nouveau, par la suite, sur les grands chemins de l’Humanitaire, accompagnant la souffrance humaine, assistant les victimes démunies au sein de peuples sur lesquels rejaillissent les conflits entre grands de ce monde.
Nous n’évaluions d’ailleurs peut-être pas assez le coût de ton choix, quand après avoir exercé d'importantes responsabilités dans des grandes organisations humanitaires, tu te retrouvais confrontée aux aléas de la vie d’une association aux ressources plus modestes. Confrontée au décalage entre l’histoire passée du mouvement qui t’avait impressionnée et ce que nous, fragiles héritiers, en faisions aujourd’hui, tu as persisté ; « par sens d’appel » disais-tu parfois en rouspétant un peu.
Et si c’était là le fin mot de l’histoire ?
Si tout avait un sens ? Si même ton départ allait revêtir un sens, car il est des départs qui changent pour le meilleur la vie de ceux qui restent ?
Il y aura un grand vide dans ton bureau. L’odeur de ton café dans la cuisine le matin nous manquera. Ton absence se fera sentir.
Mais une fois surmonté le choc, une vision nouvelle de ce que nous sommes appelés à devenir et à faire ensemble pourrait bien s’emparer de nous. Alors peut-être que de l’autre côté de la paroi plus fine que nous l'imaginons entre mondes visible et invisible, tu nous adresseras un de ces clins d’œil dont tu avais le chic, avec un sourire d’encouragement : « Ne vous endormez pas ! »
Nathalie Chavanne