La coupe du monde de football est indéniablement une fête populaire mondiale, capable de rassembler les peuples du monde dans un cadre pacifique autour d’une passion commune. L’entrée en scène massive des Etats-Unis, jusque-là réfractaires à ce sport, en consacre le caractère universel. C’est l’occasion aussi de s’enthousiasmer sur les exploits des joueurs et de mettre en avant les valeurs morales du sport, école de fraternité, de travail, de discipline et d’esprit d’équipe qui transcende les communautés et les classes sociales.
Mais l’événement soulève de nombreuses questions écologiques et morales. D’abord sur le plan écologique : contrairement aux engagements pris en 2021 de réduire de moitié ses émissions d’ici 2030 et à atteindre la neutralité carbone en 2040, la FIFA émettra pendant les 38 jours de la compétition le total record de 9 millions de tonnes de CO2, le double de la précédente édition, un rythme d’émissions du niveau de celui de la Belgique !
En outre, l’ impact de la vente des produits dérivés et la frénésie de consommation déclenchée par effet d'imitation ou par la publicité ne sont pas compatibles avec les limites planétaires, notamment concernant l’utilisation de l’eau ou le traitement des déchets.
Sur le plan moral, les scandales de corruption, les atteintes aux droits humains, l’exploitation de jeunes joueurs attirés par l’espoir d’une ascension sociale rapide, ainsi que la persistance du racisme dans les stades, interrogent la responsabilité des institutions et des acteurs du football, qui semblent bien peu soucieux d’exemplarité.
La Coupe du monde est donc l’occasion de réfléchir à quelques questions personnelles :
Quelle est ma contribution au plan écologique et moral, qui pourrait contribuer à équilibrer les dégâts de la coupe du monde de football, et des autres grands événements sportifs ? Au Japon lors des Jeux olympiques de Tokyo de 2020, à l’initiative notamment de la Caux Round Table Japan, les organisateurs des jeux ont adopté des politiques d'approvisionnement durable respectueuses des droits de l’homme pour les matières premières. Ces jeux ont ainsi laissé un héritage positif dans le monde des entreprises japonaises. Un exemple à suivre, pour les jeux olympiques d’hiver 2030 prévus dans les Alpes françaises ?
Quelle est mon attitude par rapport à la compétition – sportive ou non ? La compétition est partout dans la vie, sportive, professionnelle, parfois même personnelle. Elle nous pousse à donner le meilleur de nous-mêmes et à progresser, mais peut aussi devenir destructrice lorsque la victoire devient la seule valeur et que sont oubliées celles du respect de l’autre et du service du bien commun. Un petit examen de conscience devant ces deux critères à l’occasion de la Coupe du monde relèverait d’une bonne hygiène de vie.
Quelle est mon attitude par rapport à ma nation et aux autres pays ? Traditionnellement les supporters vibrent pour l’équipe avec laquelle ils s’identifient. Mais pourquoi la victoire nous procure-t-elle autant d'émotions ? Peut-on être fier de son équipe sans mépriser les autres ou risquer de nous enfermer dans un nationalisme étroit ? Le caractère multiracial de notre équipe nous enthousiasme-t-il ? Bref, que révèle notre attitude de supporter sur nos valeurs profondes ?
À chacun d’apporter ses propres réponses à ces questions, et pourquoi pas, à prendre l’initiative d’agir sur l’un de ces sujets.
Antoine Jaulmes