Vendredi, janvier 10, 2020

Oui Act : restaurer le lien entre les jeunes et les autorités.

 

Un des temps forts du Programme Oui Act se déroule lors de la neuvième séance. Les élèves et les animateurs abordent ensemble le thème de l’autorité. Il s’agit de comprendre ensemble ce lien entre jeunes et représentants de l’autorité souvent mis à mal par les tensions, les préjugés réciproques et les incompréhensions. Pour mener ce débat au lycée professionnel de l’ENNA où se déroule actuellement un cycle du programme, c’est un représentant des forces de l’ordre, le Brigadier Palicot, dont la fonction est précisément de communiquer avec les jeunes.

 

Une séance pour comprendre ce qu’ils vivent

Au fil des séances un lien de confiance s’est créé entre les animateurs et les élèves. Ces derniers savent qu’au sein des séances Oui Act la parole est libérée et qu’aucune question ou remarque ne sera jugée. Les contacts que les jeunes des quartiers ont avec la police sont au contraire souvent conflictuels, rarement propices à l’écoute et à l’échange. C’est donc une opportunité rare que les élèves ont de pouvoir interroger un policier, dans un cadre qu’ils ont appris à reconnaître comme sûr.

Cette liberté leur a permis de poser des questions au brigadier tenant plus de la curiosité concernant leur métier, souvent attisée par les films et les séries avec lesquelles ils ont grandi. « Est-ce que vous avez déjà tiré avec votre arme ? », « est-ce qu’on a le droit de tirer sur quelqu’un qui pénètre chez nous par effraction ? ». Cependant, dans plusieurs classes, et c’étaient les temps les plus forts, on a quitté le terrain des hypothèses pour aborder des cas vécus, généralement difficiles qui ont marqué ces jeunes, laissés dans l’incompréhension face à ce dont ils étaient témoins ou victimes. « Pourquoi est-ce que vous contrôlez toujours nos papiers même quand est juste tranquille avec nos amis ? », « pourquoi est-ce que mon copain s’est fait interpeler et gazer alors qu’il n’avait rien fait ? ».

Le brigadier, pédagogue, les aide d’abord à mettre des mots sur ce qu’ils ont trouvé difficile dans leur interaction avec la police, puis leur explique le fonctionnement de son métier, la logique dans laquelle se trouvent ses collègues. Si des groupes, même s’ils ne font rien, peuvent être perçus comme menaçants par des habitants du quartier qui font appel à la police, il est de leur devoir de contrôler la situation. Il explique que le jeune homme qui s’est fait gazer devait sans doute correspondre à un profil qu’ils recherchaient et qu’en donnant l’impression de fuir, il a provoqué l’usage du gaz. Il a bien expliqué que pour le policier, toute action prise vise à réduire les risques.

 

Une séance pour voir les deux côtés d’une même pièce

Cette séance donne également l’opportunité aux forces de l’ordre d’expliquer que leur quotidien n’est pas que ce que la représentation médiatique en montre. Cela a permis au policier de faire comprendre aux jeunes l’état de tension, d’insécurité dans lequel ils évoluent. Il explique que les confrontations avec les jeunes sont une source de stress et de fatigue mentale. Le brigadier raconte qu’il s’est engagé parce qu’il voulait protéger les autres, mais que souvent, lorsqu’il porte assistance à une victime, lui et ses collègues se font agresser par les habitants des quartiers lorsqu’ils arrêtent une personne même reconnue coupable.

Ce dissentiment exacerbe d’autant plus les tensions et érode les nerfs déjà à vif. Et si ce n’est pas excusable, c’est ce qui explique, selon le brigadier, les débordements de langages irrespectueux que reprochent les jeunes aux policiers. Cependant il a fait remarquer aux jeunes que la façon dont ils s’adressent aux adultes est souvent perçue par les policier aussi comme un manque de respect.

Au terme des séances, le brigadier expliquait aux animateurs de Oui Act que les jeunes n’ont pas appris à construire des relations saines avec les adultes car leurs parents n’ont plus de temps pour eux. Leurs seules références se trouvent sur internet et dans les jeux vidéo. A cet égard, notre apport en tant qu’adulte qui leurs donnons du temps prend toute sa valeur. En sortant d’une classe, remerciant les élèves pour leur participation et leur souhaitant de bonnes vacances de fin d’année, l’un d’eux nous lance : « Nous aussi on vous remercie, c’est un honneur pour nous ! »