Vendredi, février 5, 2021

Hommage à Madame Meherzia Labidi

 

Initiatives et Changement se souvient de Madame Meherzia Labidi, franco-tunisienne, décédée le 22 janvier 2021. Une femme de pensée et d’action au-dessus de toute appartenance, passionnée de dialogue entre les cultures et les religions, militante infatigable pour l’émancipation des femmes, personnage clé de la transition démocratique en Tunisie. Elle a été l’un des tremplins du programme « Initiative Dialogue » de l’association Initiatives et Changement, qui s’est déployé en région parisienne entre les années 2003 et 2015, d’où est né le programme « Femmes Complices & Diverses », actuellement basé dans les Yvelines.

 

Une étoile s’est éteinte, dans la constellation des militants pour un monde réconcilié. Un arbre est tombé dans le paysage de nos engagements partagés. La place qu'occupait Meherzia Labidi laisse un grand vide.

Mais se complaire dans la nostalgie ne serait pas lui faire honneur.

Un ami écrit : « Relisant son livre, (co-écrit avec le directeur d’école Laurent Klein et publié en 2004), "Abraham réveille toi, ils sont devenus fous", je continue à recevoir son message. »

Quel a été le message de Meherzia pour chacun de nous qui l’avons rencontrée ? Comment le faisons-nous vivre désormais ?

Comme association, les circonstances nous ont conduits à œuvrer ponctuellement avec elle, mais on ne savait jamais quand on la reverrait, cette grande dame de tous les dialogues pour la Paix et le rapprochement des cultures, des sensibilités, tant elle était active sur de nombreux fronts, d’une rive à l’autre de la Méditerranée.

Notre association Initiatives et Changement n’avait pas la taille d’autres mouvements dans lesquels elle s’investissait mais elle l’aimait. Elle l’aimait disait-elle pour ses valeurs. Chacun y était accueilli comme il était, sans besoin de se justifier.

C’était aussi le lieu des rencontres improbables, avec celui ou celle qu’on n’aurait pas croisés naturellement sur son chemin. Et Meherzia croyait dans la force transformatrice des rencontres, quand on avait appris à écouter l’autre, à se laisser toucher par ses peurs, ses convictions, ses espoirs, sans peur d'y perdre sa propre identité.

Comment oublier ce face à face un jour avec un distingué parisien, réactif à la présence qu’il estimait trop forte des musulmans en France et se disant allergique aux femmes voilées ? D’emblée quelque chose en notre amie a fait fondre une solide barrière intérieure. Sa chaleur, sa pétulance, son sens humain et son humour l’ont emporté, favorisant un joyeux échange. Le monsieur l’a trouvée charmante. Car c’était cela interagir avec Meherzia : œuvrer dans la joie, la bonne humeur… et le bon sens. Pour favoriser des compréhensions ou créer des liens, cela faisait toute la différence.

Couronnant des années de dialogues interculturels en région parisienne, deux couples français décidaient de s’envoler par-dessus la Méditerranée au printemps 2012, aux lendemains de la Révolution tunisienne. Avec deux couples tunisiens, ils ont sillonné la Tunisie pendant une dizaine de jours.

A Tunis, ils ont été accueillis par Meherzia Labidi au Palais du Bardo, alors qu’elle était vice-présidente d’une assemblée constituante en pleine effervescence, occupée à l’élaboration d’une nouvelle constitution. Présentation au président de l’Assemblée, M. Ben Jafaar, visite du Parlement au sortir d’une réunion houleuse, déjeuner avec des femmes parlementaires : des occasions uniques pour ces Français de rencontrer des acteurs de changement.

Pareils souvenirs ne s’effaceront jamais. Non, l'étoile de Meherzia ne s’est pas éteinte. Peut-être même qu’elle brille plus encore maintenant, élevée au-dessus des opacités de notre terre. Et dans son sillage, elle nous appelle à toujours poursuivre nos initiatives de changement.

Nathalie Chavanne