Lundi, mars 29, 2021

Femmes Complices & Diverses – 12 mars 2021
« Covid 19 : Quelles opportunités ai-je tirées de cette crise ? »

 

La crise sanitaire coupe de nouveau les élans de rencontres, les maisons de quartier restent fermées, les rassemblements au-delà d’un certain nombre sont interdits. Dans l’attente de jours meilleurs qui n’arrivent pas encore, l’équipe d’animation des rencontres Femmes Complices & Diverses a néanmoins décidé de relancer les contacts au moins en visio. 


Le titre proposé pour ce vendredi 19 mars était : Quelles opportunités ai-je tirées de cette crise ?


Nous avons donc commencé par nous réconforter en parlant de notre capacité de résilience et de notre inventivité pour transformer les restrictions du moment en opportunités positives ; se rapprochant des autres, améliorant notre qualité de vie, inventant de nouvelles manières d’être ou de faire. Plusieurs participantes ont témoigné de gestes solidaires auprès de personnes âgées pénalisées par les circonstances. Une autre a décrit sa vie avec un mari plus présent à la maison du fait du télétravail, « une école de préparation à la retraite : lui et moi mettons peu à peu en place une vie plus en commun, on en apprend plus sur l’activité de l’autre ». Marjorie poursuit sa tâche de psychothérapeute et donne des outils pour vivre ensemble malgré tout, à ceux qui pâtissent du confinement.


« On voit tout de même beaucoup de belles choses autour de nous, dit Catherine, et qui sont vraiment le fruit des souffrances rencontrées :  ce boucher qui pour 1 euro livre des repas à des étudiants ou ce coiffeur qui fait une coupe de cheveux pour une somme symbolique. Mais, poursuit-t-elle, je connais aussi un jeune qui est allé à Nantes pour étudier et qui est revenu au bout d’une année, ne supportant plus de ne voir personne. »


Muriel évoque un climat de peur rampante qu’elle sent croissant partout, dit-elle : « Des personnes dans mon quartier évitent de me parler par peur d’attraper la maladie ». Une autre d’entre nous parle de cette amie qui s’est fait tester 10 fois pour être sûre chaque fois qu’elle n’avait pas attrapé le Covid. La conversation prend un nouveau tournant. 


Hayat voit dans ces peurs croissantes le résultat d’une mauvaise politique de communication publique dès le départ. « La télévision n’est pas le lieu pour débattre de questions médicales pointues qui incombent aux médecins et aux scientifiques», affirme-t-elle. La peur du vaccin contre le Covid est d’ailleurs vite illustrée par les propos de Nadia et Aïcha qui ne veulent pas en entendre parler pour elles-mêmes. « Comme si le vaccin c’était la solution miracle au Covid ! », dit l’une d’elles. « On ne me forcera jamais ! », dit l'autre. Elle sont rejointes par Marjorie qui elle défend le droit de disposer soi-même de son propre corps.  


Mais Hayat, de formation scientifique, déplore cette attitude. « Ayant travaillé dans ces milieux, je peux vous garantir que ceux qui travaillent sur des vaccins obéissent aux critères les plus rigoureux en matière de santé publique et sont des gens hautement consacrés à leur tâche. Ce n’est pas leur rendre hommage que de rejeter d’emblée les fruits de leurs recherches et refuser d'y voir une source de progrès pour soigner ». Et elle demande : « Aviez-vous fait vacciner vos enfants quand ils étaient petits ? – Oui, comme tout le monde, répondent certaines, mais on ne le referait pas aujourd’hui. » Là où Hayat voit une triste régression, d’autres revendiquent une émancipation.


Dans le groupe, il y a un clivage entre celles qui sont pour le vaccin contre le Covid, par mesure de sécurité et santé publiques, celles qui veulent préserver leur liberté de se soigner comme elles veulent et celles qui ne veulent  pas être rendues malades par le vaccin. Chacune se raccroche à ses propres références, en décalage avec les autres. Nadia invoque sa foi en Dieu pour être préservée ; Hayat, musulmane aussi, rappelle une sourate du Coran qui dit au croyant d’utiliser son intelligence et sa raison pour conduire sa vie.


Femmes complices et diverses ? Pas vraiment sur le rapport à la santé publique et à la médecine.


« Un groupe qui fait du « sur place » dépérit », dira une participante devant les positions embusquées. « Oui mais pour continuer d’avancer ensemble, rappelle Odile, nous devons cultiver toujours davantage l’écoute attentive de ce que l’autre nous dit par delà ses mots. »  Une écoute profonde, sans jugement, qui prend du temps, rejoint des histoires personnelles,  parfois des blessures, et qui seule peut générer la confiance nécessaire pour avancer ensemble.