Lundi, mars 30, 2020

Les droits des filles vus par Aditi 

 

Aditi Salkar, est psychothérapeute à Mumbai et à Delhi, travaillant avec les enfants en difficulté sociale et psychologique au sein de l’association indienne PRATYeK. Elle est aussi la coordinatrice de CRIA en Asie du Sud. À l’occasion de l’Assemblée Générale d’Initiatives et Changement le 29 février 2020, elle nous a instruits sur la situation des droits des filles dans son pays. Car en Inde, bien que de nombreuses divinités sont féminines, les femmes, elles, restent dévalorisées. 

 

Le destin d’une fille : mariage et enfants. 

Dans le monde, une enfant sur trois déjà mariée est Indienne et souvent enceinte avant l’âge de 15 ans. « C’est enraciné dans notre culture  » raconte Aditi. Avant la naissance, les femmes enceintes passent une échographie pour découvrir le sexe du bébé et pratiquent l’avortement sélectif, illégal. Souvent, à la naissance, la fille est abandonnée, confiée aux services sociaux ou vendue. La petite fille grandira dans la négligence et ne pourra donc pas ressentir l’estime d’elle-même ni la force de prise de décision dont elle a besoin pour s’épanouir.  

Quand les parents décident de garder leur fille, ils vont prioriser un bon mariage à sa bonne éducation. À l’adolescence, elle doit devenir une femme capable de tenir une maison et une bonne belle-fille. Le garçon va jouer au cricket pendant que la fille apprend à faire la cuisine, la lessive, les travaux ménagers. Davantage de filles que de garçons sont contraintes de travailler très jeunes, tandis que les garçons vont plutôt recevoir une éducation. 

D’ailleurs, « Élever une fille, c’est arroser une plante dans le jardin du voisin » dit-on, une phrase que même Aditi a entendue de la bouche de ses parents. Le mariage des enfants est encore très pratiqué surtout dans les zones rurales, mais aussi dans les villes. Même si la jeune fille réussit à avoir une formation universitaire, elle doit être mariée et aussitôt avoir des enfants. Et si la femme n’a pas d’enfants, c’est de sa faute.  

Dans ce système patriarcal, le raisonnement des filles est le suivant : pourquoi avoir une éducation puisque je dois me marier et avoir des enfants ? 

 

L’aliénation du corps de la femme 

Le corps de la femme, destiné à l’enfantement, ne lui appartient pas. La fille est sous la tutelle de son père, une fois mariée, sous celle de son époux et si elle devient veuve, sous celle de son fils. Par ailleurs, son corps doit correspondre aux diktats de la beauté pour attirer un époux et ainsi assurer une descendance.  

Par exemple, en Asie où le culte de la blancheur règne, la peau mate est laide, la peau claire est belle. D’où des traitements de la peau pour la blanchir, cancérigènes. On n'éclaircit pas seulement la peau du visage mais de tout le corps, allant même jusqu’aux parties intimes. 

Pourtant, malgré un culte de la beauté du corps, celui-ci est frappé de tabou lorsqu’il touche à l’intimité. En effet, les menstruations sont considérées comme impures et le sujet est souvent passé sous silence. Si bien, qu’à la première menstruation, la fille non informée pense qu’elle est malade, elle ne va plus à l’école. Quand elles ont leurs règles, les filles ne peuvent pas interagir avec leurs frères et sœurs, ne peuvent plus prier et doivent manger à part. 

Par ailleurs, la mutilation des parties sexuelles d’une femme se perpétue en Inde, surtout chez les Dalits « opprimés », pour être sûr qu’elle n’aura pas de désir sexuel. Cette pratique brutale mutile la fille mettant sa vie et ses capacités reproductrices en danger. 

Enfin, de nombreux cas de viols sont signalés, mais la plupart ne sont pas déclarés. En effet, un viol apporterait la honte sur la famille. De plus, la fille violée culpabilise, se dit c’est de sa faute, que sa tenue n’était pas la bonne, qu’elle aurait dû rentrer plus tôt. Et si elle trouve le courage d’aller à la police, ce sera cette dernière qui mettra le blâme sur elle. 

 

Un large besoin d’éducation 

Beaucoup de ces messages sont transmis de mères en filles. « Mais nous les femmes, nous avons accepté d’être le genre opprimé !  ». Aditi nous avoue avoir eu elle-même tous ces préjugés, qu’elle a perdu en étudiant la psychologie. Les filles autant que les garçons doivent pouvoir remettre en question ce qu’ils ont appris. Et les garçons ont besoin d’être instruits sur la condition physique et sociale des filles et plus encore, ils le demandent. 

Mais comment faire si on ne veut pas casser la famille et créer un fossé entre la fille et ses parents ? Aditi répond qu’il faut au contraire chercher l’harmonie au sein de la famille. « Moi-même quand j’avais 23 ans, mes parents ont commencé à parler mariage, à me trouver un époux. Je leur ai dit que je souhaitais travailler d'abord et à force d'en discuter, ils ont compris que ma carrière était tout aussi importante ». Aditi cherche à enseigner aux enfants à affronter la réaction des parents. Il faut comprendre que les parents ont besoin d’aide. Ils voudraient être tolérants, mais sont ancrés dans leurs traditions. « Les filles doivent apprendre à être plus confiantes, ainsi elles changeront les choses en restant dans le respect  ». Les enfants doivent comprendre d’où viennent leurs parents. Ceux-ci ont peur et veulent sans cesse protéger leurs enfants. Pour Aditi, l’idée n’est pas de se rebeller, mais d’apprendre à parler à ses parents de manière très réfléchie. 

 

Relisez le résumé de l'Assemblée Générale.