Vendredi, septembre 27, 2019

Cercle Interculturel de Femmes  - « Dis, comment tu me parles ? »

 

Tel était l’intitulé de la dernière réunion pour cette saison, du groupe interculturel de femmes de Versailles qui s’est tenu vendredi 21 juin.

Et, comme les années passées, en cette veille d’été le lieu de rassemblement était un joli café près de la gare Rive Droite. Le choix de ce lieu a été fait afin de donner plus de visibilité au groupe auprès de passants.

« Comment ce titre vous parle à vous ? », a commencé par demander Odile Canneva qui animait l’échange. Elle a souligné le fait qu’un même mot pouvait être reçu très différemment selon le ton avec lequel il était prononcé. Par exemple, le simple mot de MERCI. Et à propos du ton, a-t-elle fait remarqué, notre façon de parler ne diffère-t-elle pas selon les situations ou les personnes face auxquelles nous nous trouvons : en famille, avec de proches amis, des collègues, ou face à une hiérarchie, sans y réfléchir nous modulons notre voix et parfois cela dit beaucoup de nous.

La dizaine de femmes présentes ont eu fort à dire, évoquant soit des relations conjugales, soit des relations avec des enfants.

On s’est aussi référé au climat social ambiant en France où la parole publique s’est dégradée et où les incivilités sont fréquentes. On a même évoqué l’utilisation de tweets, incendiaires parfois, par certains dirigeants politiques !

Une participante magrébine a relativisé la brutalité du ton parfois entre mari et femme, invitant à l’interpréter comme le signe d’une appropriation mutuelle des conjoints : « On se sent tellement proches et en confiance qu’on n'a plus besoin de faire un effort pour y mettre les formes ». Vives réactions d’autres participantes à l’idée d’être ainsi « possédé » par l’autre. Une intervenante de culture juive a cependant rappelé que, d’une culture à l’autre, les approches et les modes d’expression varient ; les mots peuvent avoir un sens différent et on peut chez certains parler de « se posséder mutuellement » comme une preuve d’amour, sans qu’il y ait pour autant domination écrasante de l’un par l’autre. Une fois de plus nous étions à l’école de nos cultures et de nos sensibilités différentes !

Ainsi, quand l’une évoquait les moments où en couple elle revient avec son mari sur des paroles qui ont pu être blessantes, l’autre disait : « Chez nous ça ne se passe pas. Il me dit : arrête de vouloir remuer l’abcès » 

Une américaine mariée à un français s’est ouverte sur une réflexion qui lui avait été faite, il y a des années, quand elle débutait sa vie de couple dans une ville de province. Comme elle décrivait son métier de psychothérapeute, on lui avait dit qu’il y avait toujours « quelque chose de commercial dans sa façon de parler, typique des juifs américains ». Une vive blessure qu’elle avait gardée enfouie jusqu’à ce jour.

Que fait-on de ces paroles qu’on nous décoche et qui nous incommodent ou nous blessent ? Comment y répond-on pour se protéger, inverser la spirale de l’agressivité, désamorcer la violence, si l’on ne veut pas mettre de l’huile sur le feu ? Chacune y est allée de son expérience mais l’échange est vite devenu une surenchère de bonnes recettes. Invitée à sortir de son silence, l’une de nous a dit ne pas se sentir à l’aise pour s’exprimer quand tout le monde parle et personne ne s’écoute plus. Elle a fait allusion à sa relation difficile avec une belle-sœur qui lui pose des questions mais n’écoute jamais la réponse : en conséquence elle garde pour elle-même ce qu’elle a à dire. 

Les plus volubiles du groupe ont été interpellées par cette remarque. 

« Est-ce que discuter comme ça peut effectivement nous aider à changer ? »  a demandé une participante. Une autre a remis en cause sa propre manière autoritaire de dire les choses : « C’est fou, j’ai tellement été habituée à diriger que je donne toujours des ordres quand je parle ».

Est-ce une invitation à trouver une nouvelle manière d’être ensemble et de se parler ? Toujours est-il qu‘un tour de table a montré que chacune tenait à ce que le groupe se poursuive dans une saison prochaine.

La prochaine rencontre d’ailleurs se fera le 11 Octobre ; le thème n’a pour le moment pas encore été décidé.