Vendredi, décembre 23, 2016

Suite à sa participation au programme Initiative Dialogue, en Ile de France Ouest, Odile Canneva a créé un groupe interculturel de femmes qu’elle a lancé à Versailles en 2011. Persuadée du rôle spécifique que les femmes ont à jouer dans la société, elle découvre l’automne dernier, au cours d’une réunion à I&C à Issy les Moulineaux, le programme « Femmes Artisans de Paix", lancé il y a 25 ans par des femmes africaines, dans la mouvance d’Initiatives et Changement international.

Nathalie Chavanne et Raoudha Jmaïel, ses collègues, parlent du  réseau de « Cercles de Paix » qui en a émergé au fil des années en Afrique, en Australie, en Europe de l’Est jusqu’au Moyen-Orient, parfois dans des situations périlleuses, et qui permet à des femmes de toutes origines et croyances, dans une atmosphère de calme et de confiance, de développer ensemble des aptitudes générant la paix là où elles vivent. Elles parlent en particulier de la burundaise Daphrose Barampama, fondatrice des cercles de paix en Afrique francophone. Elles l'ont rencontrée à Caux et souhaitent la faire venir en France. Toutes trois se lancent et invitent cette lauréate du prix suisse « Femmes exilées, femmes engagées" en novembre dernier à parler de son parcours ,au Centre d’IC à Issy les Moulineaux.

« Vous avez bravé vos agendas de femmes pour venir passer cette soirée ensemble, j’espère que vous en partirez convaincues de votre importance », s’exclame en début de soirée la lauréate du prix suisse "Femmes exilées, femmes engagées » devant les vingt-cinq femmes présentes. 

A l’issue de la soirée, une participante faisait remarquer : « La paix dont il a été question est une paix qui n’a rien à voir avec la société apaisée dont tout le monde parle, avec son parler politiquement correct acceptable par tous, qui fait qu’on ne peut plus rien dire, et que les sujets qui fâchent sont évacués. »

Avec un langage imagé et la chaleur d’une femme qui sait ce que veut dire prendre soin de la vie dans des contextes tourmentés, Daphrose a donc présenté son travail pour restaurer des relations humaines dégradées par la guerre et la pauvreté. 

Un cercle de paix est un outil exigeant qui demande une participation suivie dans le temps et une disposition à travailler en profondeur sur sa propre nature, sur son comportement et sur son histoire personnelle. L’apprentissage  de l’écoute en est une dimension essentielle : qu’elle soit « écoute intérieure » pour visiter sa vie à la lumière de critères moraux absolus, ou accueil en profondeur de ce que l’autre a à me dire.

S’appuyant sur les photos d’un power point et déployant devant elle des accessoires symboliques utilisés lors de ses animations, l’intervenante a transporté son auditoire dans un contexte africain. On l’imaginait  à l’oeuvre, tachant de libérer paroles et émotions, et l’on pouvait entrevoir comment des relations humaines peuvent se reconstruire quand le sens de la dignité et l’estime de soi chez certains sont restaurés, ou quand pour d'autres des paroles de pardon sont prononcées. Dans des situations de traumatismes violents, l’animatrice et ses collègues se font accompagner de "spécialistes en psychologie humaine". Mais, dit-elle, « nous sommes les premiers spécialistes "en nous-mêmes" (!) » . D’autre part, affirme-telle, la guérison ou le soulagement de maux intérieurs qui pervertissent les comportements émanent en grande part du lien que les participants au cercle parviennent à créer entre eux.

Des petits exercices de mise en situation ont permis aux personnes présentes à la soirée de comprendre sa façon de travailler.

Daphrose peut s’identifier à ceux auxquels elle tente d’"inoculer le virus de la paix". Il y a quelques décennies, jeune femme, elle avait quitté son pays révoltée par les injustices et la violence que le pouvoir en place faisait régner. Exilée politique en Suisse avec son mari, il lui a fallu le temps de la reconstruction personnelle. La rencontre il y a quinze ans du programme international Femmes Artisans de Paix a été décisive. Ses enfants  maintenant sortis du nid, elle a renoncé à son emploi rémunéré à l’université de Genève pour repartir prendre soin d’une nouvelle  génération de ses compatriotes, à leur tour aux prises avec les fléaux de la guerre civile.

Ont été rappelés les mots d’Anna Mskewa, personnalité tanzanienne et mère fondatrice du programme Femmes Artisans de Paix : « Les femmes ont les clés de la paix mais n’oublions pas de nous demander : et si c’était sur moi que butait la paix ? » Voilà l’esprit en amont d’une démarche qui mobilise aujourd’hui un vaste réseau. « Et ne l’oubliez pas, dit Daphrose, la famille, avec la diversité des êtres qui la composent, c’est le premier endroit où la paix peut être difficile à vivre » 

… A l’issue de cette soirée, plusieurs personnes se sont inscrites pour faire une expérience de « Cercle de paix » en France. Une réflexion est en cours pour en étudier les conditions et possibilités,      à commencer par une inculturation du concept pour la France et la formation d’animatrices. Un contact est établi avec la coordinatrice générale du programme Femmes Artisans de Paix en Angleterre.