Mardi, mai 23, 2017

Le 6 mars dernier, Initiatives et Changement organisait avec le Clavim, centre culturel de la ville d’Issy-les-Moulineaux, un débat sur « l’héritage de l’innovation pédagogique, où en est-on aujourd’hui ? » précédé par la projection du film « Révolution Ecole 1918-1939 » de  Joanna Grudzinska.

Révolution Ecole pose avec force la question de l’éducation à la paix. Réalisé uniquement à partir d’images d’archives, il replace les recherches des grands pédagogues du XIXème et XXème siècles dans leur contexte historique. Démarrant par des images d’une génération d’élèves formés à obéir au maître sans discuter, il enchaîne avec la brutalité des scènes de la guerre de 1914. L’école aurait-elle produit de « braves soldats » bons pour la chair à canon ? Cette question taraude les pédagogues de l’après-guerre qui essaient de penser une éducation nouvelle, transformative et non normative, capable de construire la paix. C’est ainsi qu’émerge un grand courant pédagogique en  1921 : la ligue internationale pour l’éducation nouvelle à partir des travaux de Rudolf Steiner, Maria Montessori, Célestin Freinet, Alexander S. Neill, Ovide Decroly, Paul Geheeb ou Janusz Korczak.  

On découvre qu’ils seront finalement récupérés et détournés tragiquement par les grands mouvements totalitaires staliniste, mussolinien ou hitlérien qui ont voulu s’appuyer sur les pédagogies les plus innovantes de leur époque.

Aujourd’hui, que reste-t-il de ces pédagogies ? « Les écoles Montessori, la Convention Internationale des Droits de l’Enfant », avancent les participants mais fondamentalement, on constate que l’esprit de collaboration a cédé face à celui de la compétition et que la confiance en l’enfant, en l’adulte, sont fortement mises à mal. Bruno Jarry, responsable de la mission éducative d’Issy-les-Moulineaux, « Ville amie des enfants » conclue la soirée par un questionnement : « Qu'est-ce qu'on laisse aux parents quand on est éducateur ? Comment peut-on laisser les éducateurs expérimenter ? La question n'est plus tant l'épanouissement de l'enfant mais le rapport de l'enfant au groupe. Comment repenser un collectif qui soit démocratique ? Ne pas tout accepter mais convenir que le savoir a besoin d’être relié à l'humanité.