Vendredi, décembre 23, 2016

Le 27 octobre 2016 au soir, Initiatives et Changement recevait Thomas Ntambu pour parler de son expérience dans la région des Grands Lacs africains, plus particulièrement au Burundi et en RDC.

Jusqu’à l’an dernier, le Burundi, pays sorti de la guerre civile, paraissait exemplaire. Aujourd’hui, il s’enfonce dans la crise politique en raison d’une divergence d’interprétation d’une disposition constitutionnelle limitant le nombre des mandats présidentiels à deux.

Les manifestations de l’opposition et de la société civile contre le troisième mandat ont entrainé une réaction musclée du gouvernement entrainant un certain nombre des Burundais en exil dans les pays voisins. Le dialogue initié par la communauté internationale dans un but de promouvoir une solution politique consensuelle reste infructueux tant que la logique conflictuelle persiste dans les camps opposés. Cette situation d’incertitude politique est génératrice d’insomnies pour tout acteur soucieux de la paix sociale et politique au Burundi.

L’idée de la résistance armée caresse déjà ceux qui se sentent exclus de la gestion des affaires du pays. Les pressions de la communauté internationale tendant à obtenir de Bujumbura un peu de flexibilité politique en direction de l’opposition radicale semblent inopérantes. L’attitude de la Russie et de la Chine qui mettent leur veto au Conseil de Sécurité, dans une logique d’antagonisme bipolaire est-ouest, entame la cohésion au sein de la communauté internationale et pénalise l’efficacité de son action.

Comment gagner les hommes à l’intégrité et au souci du bien commun et comment les aider à traduire leur engagement en action politique dans un contexte aussi difficile ? C’est le défi que Thomas essaie de relever par son accompagnement opiniâtre des dirigeants de tous bords, notamment ceux qui sont partis en exil qu’il a cherché à convaincre de faire le choix de la légalité plutôt que celui des armes. Nombre des acteurs politiques qui se distinguent par leur probité et leur rectitude morale sont des habitués des tables rondes de Caux ou des ateliers organisés par I&C Burundi au cours des dernières années. C’est notamment le cas de deux anciens présidents de la République.

Grace à sa neutralité, I&C poursuit ses activités et tente de faire entendre sa voix. Son action est appréciée par les acteurs burundais de deux bords comme par des organisations interétatiques telles que l’Union Africaine ou la Communauté d’Afrique de l’Est.

Pour la RDC, la situation n’est pas non plus encourageante. L’intention affichée du président Joseph Kabila de se maintenir au pouvoir au-delà du 20 décembre 2016, terme de son deuxième et dernier mandat, présente un potentiel très élevé de conflit qui risque de ramener la RDC dans la situation de violence politique généralisée comme celle observée à Kinshasa les 19, 20 et 21 janvier 2015 et le 19 septembre 2016.

Thomas a contribué à la promotion de l’idée de dialogue nationale dans le sens de l’accord d’Addis-Abeba de février 2013. Celui-ci a été engagé mais sa politisation l’a fait accoucher d’une souris.

Notre pays est à l’image de ce que nous sommes, conclut Thomas. Notre continent est en crise à cause de ce que nous sommes. Le travail d’I&C qui se poursuit est d’une importance sans prix. L’Afrique deviendra un continent qui compte et qui participera à la construction d’un monde paisible que quand ses leaders seront équipés d’une éthique forte. Ce sont les femmes et les hommes intègres qui transformeront l’Afrique.

Le rôle de la France

Homme de terrain en contact avec les parties les plus adverses et acteur pour préparer les esprits au dialogue et pour rapprocher les hommes, il est un homme de choix et respecté par ses divers interlocuteurs étatiques et non étatiques.

A une participante qui faisait remarquer que nous sommes vite accusés de néocolonialisme si nous cherchons à intervenir en Afrique, Thomas a répondu avec force : Le sentiment de culpabilité paralyse l’action des Occidentaux. Face à une situation où il y a risque de prolifération de régimes autoritaires, il faut réagir pour étendre la zone des pays libres et démocratiques. Le syndrome néocolonial doit quitter l’occident. C’est une question de survie. Quand l’Afrique se démonte, cela aura des répercussion en Europe. Il faut interpeler les parlementaires occidentaux et leur dire les choses crûment pour se faire entendre. Ils doivent assumer leurs responsabilités sur le plan international.